Rubén Pioline développe une création autour du costume et du geste, qui donne lieu à des vidéos, des installations, des sculptures et des performances. Après des études à l'école des Gobelins et à l'EMCA en cinéma d'animation, il intègre les Beaux-Arts de Marseille. L'artiste déploie un jeu sémantique des codes socioculturels et historiques. À travers l'exploration urbaine, son travail fait apparaître la mémoire des luttes, de la marginalité et des systèmes coercitifs. La fabrication de ses costumes se fait principalement à partir de déchets industriels et automobiles : les objets domestiques du quotidien se voient ainsi déplacés vers d'autres attributs et d'autres hiérarchies. Endossés par le corps, ces bouts de ville produisent des états de présence et font surgir des personnages. Ses œuvres engagent les corps dans des enjeux d'oppression, de résistance et d'émancipation ; des gestes face aux logiques de disparition et de domestication des contre-cultures. Rubén Pioline joue avec les pouvoirs communicatifs et subversifs du vêtement en créant des perturbations et des terrains d'ouverture par l'union d'opposés plus ou moins marqués. Les temps de performance prennent une dimension sacrée, s'inscrivant dans une liturgie tantôt solennelle, tantôt carnavalesque. Des dialogues s'y tissent entre traditions chrétiennes ou mythologiques et contre-cultures, traversés par la danse et l'expression corporelle - du flamenco au butō, du broukabrou au clown et au théâtre physique, mêlés à l'errance. Ses créations composent de véritables fresques collectives par lesquelles il scrute les rapports humains intemporels comme les transformations actuelles ; un récit à la fois ancien et profondément contemporain émerge par fragments et sous forme de tableaux chorégraphiques, où les corps deviennent les vecteurs d'une mémoire en tension.